La conteuse, le carrossier et le courtisan

Une conteuse en sa roulotte narrait a l’envi force fables.
Très éprise d’un carrossier fanfaron elle vantait à la cantonade
les maintes prouesses d’icelui en la matière des berlingots 1.
Un douteux flatteur malin et avisé vint à passer.
« Maître y eut-il que vous meilleur carrossier
que la terre ait pu porter? »
A ces mots notre faraud ne se sentit plus de joie :
« J’ai par le passé maintes merveilles élaborées.
Je me pique aussi de forge et le fer en orichalque 2 je sais transformer,
pour en faire de sublimes essieux, inconnus ailleurs ici bas. »
La conteuse hagiographe 3 goûtait toujours les compliments sur son amant.
Elle  n’avait bien sûr perdu mot du discours du passant
et comme à son habitude voulut prolonger son plaisir  en le conviant à leur table.
Le flatteur qui n’avait que pour seul talent de lustrer les carrosses,
comprit que ses compliments habilement troussés lui assureraient bombance.
Notre courtisan prit place pendant que son hôte mit par devers lui l’outre de vinasse,
C’est qu’à toute table par lui il fallait passer pour s’abreuver
et ainsi encore et encore l’admirer.
A chaque nouveau met le flagorneur saluait le plat par ces mots :
« Dame Conteuse, ce brouet mènerait à homicider »
Par toutes ses louanges il sut s’assurer longuement,
pitance pour lui et ouvrage pour son carrosse.

Où l’on voit que le profit du flatteur se fait aussi au dépend de la vérité.

1 carrosse à deux roues.
2 métal mythique, un des rêves des alchimistes.
3 qui écrit sur ce qui est sacré.

 

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